Et si l’avenir de la photographie africaine se trouvait juste là. Des territoires insoupçonnés, des manifestes explosifs, des brûlots esthétiques… Derrière le drap opaque qui se dresse entre l’Afrique et le reste du monde se dissimule une armada de talents. Depuis 2012, à l’initiative de l’artiste suisse Benjamin Füglister, le CAP Prize – the Contemporary African Photography Prize – récompense cinq photographes africains lors du festival Image Afrique à Bâle (Suisse). Plus de 800 candidatures ont été reçues mais 25 artistes seulement pourront espérer faire partie des cinq lauréats invités à Art Basel en juin prochain.

 

 

Sur une photo issue de sa série Plastic Crown, Phumzile Khanyile revendique le droit pour une femme d’avoir plusieurs partenaires.

 

 

Mais l’ensemble des clichés en compétition doit répondre à des critères spécifiques. D’abord, il convient de présenter une série photographique complète et cohérente, ensuite, chaque cliché doit avoir été pris sur le continent ou traiter de la diaspora africaine. C’est ainsi qu’Adji Dieye juxtapose ses fantasmes sur le réel dans sa série Red Fever. Se jouant de l’Histoire, elle transforme les dictateurs en figures fantomatiques et transporte des édifices soviétiques austères en pleine jungle. Avec ses collages, cette photographe née à Milan (Italie) en 1991 idéalise son continent. Hors de leur contexte, ces monuments ouvrent une discussion sur la représentation du pouvoir politique et son impact sur la construction identitaire d’un peuple entier. Avec With Butterflies, and Warriors, le photographe londonien David Chancellor quant à lui, dépeint une faune vulnérable et accompagne les communautés kenyanes qui conservent et protègent la vie sauvage des exactions des braconniers. Des images aussi bouleversantes que nécessaires.

 

 

Michele Sibiloni capture l’étrange atmosphère des chasses à la sauterelle, une tradition nocturne ancestrale en Ouganda où l’insecte est un met raffiné et une importante source de revenu.

 

 

De son côté, l’ancien ingénieur agronome Gilles Nicolet, né à Neuilly-sur-Seine, vit et travaille en Afrique depuis près de 35 ans. Dans sa série en noir et blanc Six Degrees South, il immortalise des scènes de pêche sur les côtes du Kenya, de Tanzanie et du Mozambique. Ses photographies sont peut-être les derniers témoins de traditions centenaires menacées par la pêche intensive et la découverte récente d’un gisement de gaz. Une imagerie bien différente de celle de Phumzile Khanyile. L’œuvre résolument féministe de cette photographe originaire de Soweto interroge la pertinence des convention sociales dans la société contemporaine. Elevée par sa grand-mère, Phumzile Khanyile met sa photographie au service d’une enquête sur les stéréotypes liés au genre et à la sexualité. Par exemple, sur une photo issue de sa série Plastic Crown, la photographe revendique le droit pour une femme d’avoir plusieurs partenaires (symbolisés par des ballons).

 

Parmi la sélection éclectique du CAP Prize, on retrouve également les photographies de Michele Sibiloni. Ce natif de Parme (Italie), qui vit désormais en Ouganda, capture l’étrange atmosphère des chasses à la sauterelle, une tradition nocturne ancestrale en Ouganda où l’insecte est un met raffiné et une importante source de revenu. Deux fois par an, juste après la saison des pluies, les sauterelles envahissent le ciel. Attirées grâce à des sources de lumière, elles se retrouvent alors piégées par des tonneaux, des bouteilles en plastique ou des filets.