24 Avril

Trash, obscène et explosive, la tempête Tommy Cash s’abat sur le monde

 

Provocateur excessif et rappeur exubérant, l’artiste estonien exècre la trap devenue bien trop populaire à ses yeux. Numéro s’est demandé qui était donc ce fameux Tommy Cash, véritable superstar du hip-hop dans son pays natal.

Par Alexis Thibault

Internet réserve encore son lot de surprises. Bien souvent, la perle rare surgit par hasard, entre la vidéo gênante d’un youtubeur prépubère et le détournement douteux d’un discours de Trump… Dans ce sanctuaire de l’absurde qui recèle tout ce qu’il y a de plus improbable, on trouve un clip d’un peu moins de 3 minutes intitulé “Surf”. Une main démesurée enfile un préservatif sur un immeuble de 30 étages. Les plans suivants dévoilent tour à tour une masturbation collective dans un pensionnat, des testicules floutés de près d’une tonne et un coït entre un homme et une mappemonde non consentante. Ce court-métrage est l’œuvre de Tommy Cash, rappeur estonien de 27 ans qui distille ça et là une imagerie trash, obscène et insolite. Provocateur excessif et contorsionniste exubérant, l’artiste est pourtant las de l’ère du twerk et exècre cette trap devenue pop et destituée de sa singularité. Véritable superstar du hip-hop dans son pays natal, qui est donc ce fameux Tommy Cash ?

 

 

Il incruste son visage sur des sexes féminins et célèbre le handicap avec des femmes dont les tibias sont des lames acérées. 

Tommy Cash - “Surf”

Né à Tallinn (Estonie) en 1991, Tommy Cash grandit dans un pays dont les frontières sont semblables à des glaces sans tain. Si le monde découvre à peine l'existence de sa nation d’Europe du Nord, lui n’a, à cette époque, pas accès à la culture internationale. Une situation injuste qui résulte de l’effondrement du bloc soviétique en 1989. Dans son quartier infesté de junkies, seuls les tubes de Tom Jones et le hard-rock de Scorpions hérités de ses parents agitent son quotidien. L’Estonien s’en satisfait jusqu’à ce qu’il découvre le “Gangster’s Paradise” de Coolio (1995), une réinterprétation vigoureuse de l’hymne de Steevie Wonder “Pastime Paradise” (1976). Marginal, Tommy Cash ne se sépare plus de son Walkman, porte des kilts en été, se nourrit de la verve d’Eminem et se fait progressivement loup solitaire. À 15 ans, il s’essaye à la danse pour la première fois et saute alors à pieds joints dans le hip-hop sans pour autant trouver de meute.

 

 

La scène musicale estonienne demeure un espace archaïque dans lequel la prise de risque est rare.

 

 

Cheveux long, corps svelte et fine moustache italienne…Tommy Cash, transcende les frontières du genre, de l’identité et de la sexualité. Semblables aux plus grands délires du groupe sud-africain Die Antwoord, les clips dérangeants de Tommy Cash parodient l’imagerie du rap, détournent les codes et se jouent des stéréotypes. Sous les vrombissements d’un hip-hop rave, l’artiste se contorsionne à sa guise, réminiscences de ses cours de danse. Il incruste son visage sur des sexes féminins (“Winaloto”), explore toutes les nuances de l’épiderme et célèbre le handicap avec des femmes dont les tibias sont des lames acérées (“Pussy Money Weed”). Amateur des créations du Russe Gosha Rubchinskiy, designer dont le sportswear détonnant s’inspire du lifestyle de la jeunesse moscovite, Tommy Cash s’autorise des costumes minimalistes insensés, proches de la sphère SM.

Tommy Cash - Winaloto

Fin 2017, Tommy Cash se glisse entre Will. I. Am et Diplo dans le clip “Boys” de Charli XCX, une vidéo dans laquelle plus d'une cinquantaine de célébrités se succèdent. Le rappeur d’Europe de l’Est a d’ailleurs participé à une partie de la production de l’album “Pop 2” de la chanteuse britannique. Et s’il collabore avec des artistes américains, ce fan incontesté de Kanye West se sent, malgré tout, plus proche des artistes moscovites qui expérimentent sans cesse. Car la scène musicale estonienne demeure un espace archaïque dans lequel la prise de risque est rare. Il n’est donc pas incongru d’admettre que Tommy Cash est un homme à part.

Tommy Cash - Pussy Money Weed

Tommy Cash par Renee Altrov

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