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Qui est The Weeknd, starboy du R’n’B en tête des charts ?

 Avec son troisième album “Starboy”, le producteur prodige de R’n’B rétro-futuriste d’origine canadienne squatte les charts en tant que numéro 1 depuis dix semaines. Mais qui se cache vraiment derrière celui qui a collaboré avec Daft Punk notamment ?

Qui est The Weeknd, starboy du R’n’B en tête des charts ?

1 - DES DÉBUTS ANTICONFORMISTES

 

Abel Tesfaye (de son vrai nom) est né en 1990 à Scarborough, dans l’est de Toronto. Issu de parents émigrés éthiopiens qui sont venus au Canada dans les années 80, il fréquente l’église orthodoxe éthiopienne et apprend l’amharique (une langue sémitique) auprès de sa grand-mère. Cette dernière l’élève pendant que sa mère, abandonnée par le père d’Abel, travaille dur, notamment comme infirmière, pour subvenir aux besoins de la famille. Ado turbulent, Abel fume de la marijuana à 11 ans et trouve de l’espoir grâce à l’écoute assidue de ses idoles comme Michael Jackson, R. Kelly et Prince. À 17 ans, il quitte l’école, squatte les mauvais quartiers de la ville et découvre l’attrait des drogues comme l’ecstasy et l’oxycodone. Mais le jeune homme rebelle a de l’ambition. Alors qu’il bosse comme vendeur chez American Apparel (sans doute recruté pour son look streetwear pointu et sa coupe de cheveux à la Basquiat), il commence à produire de la musique. Il se fait alors appeler “The Weeknd” en raison de son goût pour l’école buissonnière. Avec un ami fumiste et oisif, ils ont quitté leur vie rangée un week-end, et ne sont plus jamais revenus à la maison. La légende était née…

En mars 2011, Drake parle du jeune prodige sur Twitter, ce qui crée le buzz autour de lui.

La vidéo de Starboy réalisée par Grant Singer.

2. UNE PERCÉE REMARQUÉE DANS LE MILIEU INDÉ

 

Ses premiers morceaux de R’n’B sombre, étrange, cotonneux et sensuel, écrits en 2010, ainsi que ses mixtapes publiées sur le Web en 2011 (House of Balloons, Thursday, Echoes of Silence) rencontrent d’abord le succès auprès d’un public indé, se diffusant entre initiés via des blogs, avant de séduire Pitchfork Music Festival et le New York Times. En mars 2011, Drake parle du jeune prodige sur Twitter, ce qui crée le buzz autour de lui. En concert à Londres en juin 2012, The Weeknd continue de troubler les esprits avec une reprise très sexuelle de Dirty Diana de Michael Jackson, la chanson qui lui a donné envie de faire de la musique. Il se produit aussi au Coachella Festival cette année-là, faisant preuve d’une énergie et d’une esthétique assez rock. Abel séduit aussi par sa façon de cultiver le mystère, refusant les interviews et préférant s’exprimer sur Twitter. Et ça marche. En 2012, The Weeknd rencontre la gloire mainstream avec une compilation intitulée Trilogy, regroupant ses mixtapes. En peu de temps, c’est un disque d’or. 

Toujours entre crépuscule et lumière, ses morceaux lents, tordus et hypnotiques, hantés par des paroles traitant de sexe, de fête et de drogues, ressemblent à des complaintes d’after sous opiacés. 

La vidéo M A N I A réalisée par Grant Singer.

3. UN UNIVERS ÉCLECTIQUE

 

L’auteur-compositeur-interprète et producteur canadien a grandi en écoutant des genres musicaux très variés, allant de la soul, du hip-hop, du funk et de l’indie rock au post-punk. Sa collection de disques compte des noms aussi éloignés que Portishead, Massive Attack, Cam’ron, D’Angelo, The Smiths, Bad Brains, Talking Heads et Eminem. C’est justement cette richesse qui fera l’originalité des chansons de The Weeknd. Le jeune producteur aventureux n’hésite pas à mêler ses influences R’n’B fifties à des éléments électroniques et des riffs électriques de rock alternatif. L’hymne onirique et punk House of Balloons expérimente en samplant le tube gothique Happy House de Siouxsie and the Banshees. Quand il n’échantillonne pas ses contemporains dream pop Beach House ou sa marraine de cœur, Aaliyah. Son style vocal qui monte très haut (dans des tonalités de falsetto) proviendrait également des chanteurs d’Abyssinie, et son phrasé plaintif, très émotionnel, évoque la musique orientale et son aura dramatique. Toujours entre crépuscule et lumière, ses morceaux lents, tordus et hypnotiques, hantés de paroles traitant de sexe, de fête et de drogues ressemblent à des complaintes d’after sous opiacés. 

L’un des titres apparaît sur la bande originale du blockbuster Hunger Games, ce qui contribue à faire écouler le disque à près de 100 000 exemplaires.

Le clip de False Alarm réalisé par Ilya Naishuller.

4. UN ENTOURAGE PRÉCIEUX

 

En 2013, The Weeknd sort son très attendu premier album nommé Kiss Land, comprenant un featuring avec Drake (Live For), et un autre avec Kavinsky (Odd Look). L’un des titres apparaît sur la bande originale du blockbuster Hunger Games, ce qui contribue à faire écouler le disque à près de 100 000 exemplaires. En 2015, l’univers cinématographique de The Weeknd trouve un autre écrin idéal : la bande originale de Cinquante nuances de Grey. The Weeknd connaît désormais des semaines chargées : il tourne en première partie d’un autre sex-symbol, Justin Timberlake, et remixe le Drunk In Love de Beyoncé à sa sauce, plus lente, érotique et mélancolique. Abel participe aussi à l’album de M.I.A., Matangi et le fidèle Drake l’appelle en 2014 pour l’inviter sur sa tournée Would You Like A Tour en première partie. Et s’acoquine professionnellement avec Disclosure, Travis Scott, Sia, Ariana Grande et Alicia Keys. Il était également question de dates en 2016 sur l’Anti World Tour de Rihanna, mais cela ne se fera pas ; Riri aurait-elle eu peur que le Michael Jackson de l’ère Tinder lui fasse de l’ombre ? 

Numéro 1 dans 80 pays, l’album parvient à maintenir la spécificité vocale (tout en hauteur) de l’artiste, la diversité de ses influences (new wave, house) ainsi que son aura énigmatique et vaporeuse.

The Weeknd en live au défilé Victoria’s Secret 2016.

5. UNE ÉVOLUTION MAINSTREAM MAÎTRISÉE

 

En 2015, Abel publie son deuxième disque studio Beauty Behind the Madness contenant l’irrésistible tube Can’t Feel My Face (dédié à sa fiancée d’alors, Bella Hadid). On y sent des constructions de morceaux beaucoup plus pop, efficaces et commerciales. Et dès les premières semaines, 326 000 albums s’arrachent. L’une des chansons, Tell Your Friends, est même produite par Kanye West. Beauty Behind the Madness devient vite l’album le plus streamé de l’année 2015, avec plus de 60 millions d’auditeurs envoûtés. Début 2016, The Weeknd continue son ascension, avec des apparitions sur The Life of Pablo de Kanye West, et le Lemonade de Beyoncé. En novembre, Abel publie son tout nouveau disque, l’ambitieux Starboy avec les rares Daft Punk et l’ensorcelante copine de rêveries, Lana Del Rey, au casting trois étoiles. Numéro 1 dans 80 pays, l’album parvient à maintenir la spécificité vocale (tout en hauteur) de l’artiste, la diversité de ses influences (new wave, house) ainsi que son aura énigmatique et vaporeuse. Récemment, le jeune producteur richissime semblait ne pas avoir oublié d’où il venait, donnant une partie de ses bénéfices à l’université de Toronto ainsi qu’à Black Lives Matter, ou visitant les enfants malades d’Atlanta à l’hôpital. Mais ce Starboy audacieux le hisse bel et bien en étoile incontestée du R’n’B contemporain au groove et à la grâce imparables. Loin, très loin, des contingences de la terre…

Par Violaine Schütz

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