10 Février

Sohn, grand maître d’une électro-soul bouleversante

 

Auteur pour Rihanna et remixeur pour Disclosure et The Weeknd, l’Anglais Sohn confirme en solo son statut de maître de l’électro-soul. Son deuxième album “Rennen” surfe brillamment entre R‘n‘B glacé et techno minimale.

Par Thibaut Wychowanok, Portrait : Jules Faure

  • Portrait : Jules Faure pour Numero.com
  • Après un premier album bien accueilli en 2014 et une reconnaissance croissante dans le milieu de la musique, l’Anglais Sohn aurait pu commencer à bomber le torse. Mais si son deuxième album Rennen muscle le propos, c’est en allant à l’essentiel. Les textures électroniques jouent l’épure. Un seul instrument gouverne : sa voix cristalline maîtrisée à la perfection. L’électro-soul glacée du producteur y gagne en pureté, façon diamant ciselé. De passage à Paris, Christopher Taylor, alias Sohn, confirme : “J’ai tout de suite placé la performance vocale au centre de l’album. Le travail de production a consisté ensuite à tailler dans chaque morceau pour n’en garder que l’essentiel. Si l’on veut renforcer un élément – une voix, un piano ou une texture, le meilleur moyen est de commencer à arrêter de l’affaiblir en lui en juxtaposant d’autres.

     

     

     

    “J’ai tout de suite placé la performance vocale au centre de l’album. Le travail de production a consisté ensuite à tailler dans chaque morceau pour n’en garder que l’essentiel.”

Puisque Rennen se traduit par “courir” en allemand, on ne s’étonnera pas que la musique de Sohn se fasse parfois pressante (Hard Liquor) et même hypnotique (Falling) même si l’ensemble tient plus de la balade désespérée et envoûtante aux textures sonores organiques et aquatiques. (Dead Wrong, Signal). Sur Harbour, la solitude de Christopher Taylor semble ainsi avoir pris refuge dans une caverne peuplée de lacs sous-marins où l’écho de sa voix résonne jusqu’au final instrumental fou et explosif. “Je voulais que l’album exprime une sensation de mouvement. À l’époque, j’étais dans une course perpétuelle : la tournée, mon déménagement de Vienne [où l’Anglais s’était installé] à Los Angeles, mon mariage, la naissance de mon premier enfant…” Ce mouvement finit par former une rivière musicale à la beauté fluide qui rappelle les plus belles compositions de Ravel et de Debussy. “Ce sont des références très importantes pour moi, acquiesce Christopher Taylor. Ils sont parmi les musiciens à l’origine de la musique actuelle. Un concerto pour cordes de Ravel partage avec le rap contemporain le même sens du rythme.

 

 

​Son lyrisme incandescent et déchirant réenchante une techno minimale très germanique. 

 

 

 

On pourra également établir des ponts entre sa musique et le R’n’B lo-fi de Frank Ocean, la pop évanescente de FKA Twigs ou l’électro bricolée de Bon Iver. Pourtant, l’Anglais affirme une vraie singularité en réussissant une alchimie inattendue. Son lyrisme incandescent et déchirant réenchante une techno minimale très germanique. Les accents soul plus affirmés de la voix accompagnent naturellement une electronica planante. “À l’origine, j’avais écrit la chanson d’ouverture, Hard Liquor, pour le rappeur américain Sam Dew. Je ne pensais pas être capable de la chanter, de prendre des accents bluesy. M’y confronter a été un déclic et a imprégné l’ensemble du disque d’un esprit soul inédit.

 

Rennen de Sohn (4AD/Beggars), disponible.

Sohn sera en concert le 27 février à La Maroquinerie à Paris.

 

 

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