Il y a quelques semaines sortait le nouvel album de MGMT. Le retour du groupe qui incarna à lui seul l’indie pop des années 2000 aurait dû être l’un des événements de l’année mais passa (presque) inaperçu. Les auteurs de deux albums de la décennie (Oracular Spectacular en 2007, puis Congratulations en 2010) et de l’hymne exubérant d’une jeunesse en pleine montée d’ecstasy (Time to Pretend) méritaient bien un peu d’intérêt. Mais, en 2013, le groupe avait déçu avec un album moyen et semblait peiner désormais à se raccrocher à son époque. Avec Little Dark Age, le duo formé par Ben Goldwasser et Andrew Vanwyngarden délivre pourtant un opus exceptionnel. Les Américains renouent avec leur sens épique de la mélodie. Abandonnant les rêveries à la Pink Floyd et la psyché sixties, ils retrouvent leur génie des compositions en forme d’ensoleillement, très proches d’un Metronomy. Et cette fois-ci, MGMT parle au présent, en jouant à fond l’ironie et l’humour sur une époque à la vacuité abyssale, riche en adeptes du corps et des écrans lumineux. Ce second degré fait toute la saveur de l’album. Les références eighties magnifiquement digérées subissent le même traitement ironique. En résumé, MGMT chante le suicide sur des synthés joyeux – omniprésents dans l’album – et sous les disco balls. Comme si Wham! copulait avec Kraftwerk. Cerise sur le gâteau, le groupe a fait appel aux meilleurs musiciens du moment : Ariel Pink et Connan Mockasin. De passage à Paris, le groupe s’est livré sur la conception de l’album.

 

Numéro : Quelles musiques vous ont influencés pendant l’écriture ?

MGMT : L’énergie folle de la musique pop japonaise… Mais plus important que tout, la musique dance synth très disco des années 90 en Europe de l’Est, que j’ai découverte grâce à un ami. Impossible de savoir ce que ces groupes chantaient, ni de connaître leur nom puisque tout est en cyrillique mais leur sens de la mélodie a eu un impact indéniable. Nous avons également été très inspirés par la dernière saison de Twin Peaks. Tout ce qui s’y passe est particulièrement sombre, et pourtant, un moment hilarant ou particulièrement tendre survient toujours, comme en contrepoint. Ce contraste est d’autant plus fort que l’univers est ténébreux. Ces moments forment alors des éclairs lumineux.

 

L’album est lui aussi un concentré de contrastes. La musique y est entraînante, mais les paroles particulièrement ironiques, voire pessimistes, sur notre époque.

Je ne dirais pas pessimistes. Le précédent album était désespéré et paranoïaque. Mais avec ce nouvel album, même si nous traitons de sujets comme le suicide ou la vacuité des réseaux sociaux qui vous donnent l’impression d’être connectés alors que vous n’avez jamais été aussi seul, chacun des morceaux me semble plutôt empli d’espoir.

 

Little Dark Age s’assume en album pop. En avez-vous terminé avec les expérimentations des albums précédents qui avaient un peu perdu votre public ?

L’aspect expérimental tenait à la manière dont nous écrivions. Notre opus précédent était fondé sur des improvisations électroniques complexes, le plus dur étant de créer un album à partir de ce matériel. Nous faisions cet album pour nous faire plaisir, pas pour nos fans. Little Dark Age, au contraire, a été pensé en relation avec le monde extérieur. Nous voulions toucher les gens. En ce sens, on peut parler d’un album pop.

 

Little Dark Age de MGMT est déjà disponible.