Jusqu’au 31 mars, l’exposition MéMo - hip-hop : un mouvement, des énergies s’installe au Pavillon Carré de Baudouin. À partir d’enregistrements, de photographies ou de vidéos, l’exposition narre la grande histoire du hip-hop et se pose une question simple : comment le conserver. Tout au long des différentes salles – Rêve, Adrénaline, Origines – les visiteurs déambulent entre les graffitis, les portraits de danseuses, les souvenirs des battles enflammés de Stalingrad, les premières jam sessions du DJ français Dee Nasty… Depuis longtemps, le mouvement hip-hop s’est défait de son statut d’épiphénomène subversif et s’est imposé comme l’une des culture artistique les plus puissants de la scène internationale.

 

 

“Dans ce milieu, on ne savait pas qui était qui. Mais on voulait être la star de la soirée, défoncer la ligne B du RER, affirmer notre identité. C’était instinctif.” Joeystarr

 

 

La culture hip-hop est née au début des années 1970, dans les ghettos noirs du “South Bronx”, arrondissement pauvre de la ville de New-York, ravagés par le crack. Ce sont des quartiers défavorisés, aussi appelés  “Boogie Down” en référence au territoire d’infortune et de prédilection qu’ils représentent. Cette culture explosera véritablement dans les années 1980, contrairement aux Etats-Unis, le mouvement hip-hop français a transcendé les classes sociales, les générations, les ethnies et les cultures. Etymologiquement, plusieurs idées s’affrontent :  “hip” rejoint l’idée d’être à la mode, cool, branché comme les hippies vingt ans plus tôt. Il désigne aussi l’intelligence et la débrouillardise.  “Hop” signifie quant à lui le mouvement, une interjection relative au saut. Comme beaucoup d’autres, ce courant est une véritable épopée façonnée par des légendes plus ou moins réelles. Cependant, le précurseur le plus célèbre est sans conteste Afrika Bambaataa, membre d’un gang du sud du Bronx ayant vu mourir l’un de ses proches lors d’un affrontement. Témoin d’une atmosphère fragmentaire, il crée la Zulu nation, tendance pacifiste aux lois morales strictes, incitant les jeunes à utiliser l’énergie de la violence, de la drogue et du racisme dans la création artistique. “A la base, le cocktail cité-culture-béton, le train qui passe en bas, sont des conditions sine qua non. On disposait de peu de moyens et pour rapper on n’a pas besoin de support musical. Le graffiti, c’est pareil, il suffit d’avoir des bombes... ” raconte Kool Shen (NTM) à Technikart en octobre 1995. Et Joystarr d’ajouter : “On est carrément tombé dans le hip-hop en voyant, en 1983, des mecs au Trocadero qui faisaient du break dance. Musicalement, on ne comprenait pas tout mais ça nous interpellait. Au sein de ce milieu qui était une micro-société, on ne savait pas qui était qui. Mais on voulait être la star de la soirée, défoncer la ligne B du RER, affirmer notre identité. C’était instinctif.

 

 

Reggae, jazz, rythmes jamaïcains et paroles percutantes embrassent une contestation qui se veut pacifique quand bien même elle ne l’est pas toujours.

 

 

Le hip-hop renvoie véritablement à une façon d’être ensemble et de penser de façon collective. Il existe des enjeux communs dans la façon d’entendre la relation aux pairs et la transmission de fondamentaux. C’est une forme de militantisme qui participe à une construction identitaire. Progressivement, des disc-jockey envahissent les rues du ghetto et mixent la musique et les cultures. Reggae, jazz, rythmes jamaïcains et paroles percutantes embrassent une contestation qui se veut pacifique quand bien même elle ne l’est pas toujours. Cette forme artistique se développe dans les zones urbaines au sein desquelles les inégalités sociales sont les plus marquées. La jeunesse canalise cette effervescence artistique en une force sociale. Différentes disciplines s’entremêlent pour former ce que l’on appellera le hip-hop: il combine la technique des graffitis, la danse, le rap et le DJing

 

Exposition MéMo - hip-hop : un mouvement, des énergies, jusqu’au 31 mars, Pavillon Carré de Baudouin, Paris XXe.