Au début des années 2000, le fertile Steven Soderbergh inventait avec Brad Pitt et George Clooney le blockbuster cool, en revisitant un classique des années 60 réalisé par Lewis Milestone, L’Inconnu de Las Vegas. Soit une pléiade d’acteurs chics dans un film de casse nouveau genre, rythmé par des standards jazzy, à une époque pourtant très angoissée par la noirceur politique ambiante. Une décennie plus tard, à l’entame des années 2010, Mes meilleures amies [Bridesmaids] de Paul Feig proposait tout autre chose avec un succès aussi considérable : une comédie mettant en scène une bande 100 % féminine, avec les géniales Kristen Wiig et Melissa McCarthy qui poursuivaient un travail commencé depuis longtemps par la sous-estimée Sandra Bullock. Année de tous les progrès, 2018 voit naître ce qui ressemble au mélange idéal entre blockbuster cool et comédie de femmes.

 

Dans les deux premiers épisodes de la saga Ocean (du nom du héros éponyme, escroc et voleur de haut vol, joué par George Clooney) sortis en 2001 et 2004, l’iconique Julia Roberts gardait la tête hors de l’eau dans un casting très masculin. Mais onze ans après le dernier volet, sorti en 2007, quelque chose s’est retourné. Les rôles importants d’Ocean’s 8 sont tenus exclusivement par des femmes. On retrouve Cate Blanchett, Anne Hathaway, Sarah Paulson, Helena Bonham Carter, Rihanna, la rappeuse et comique Awkwafina, la créatrice de séries Mindy Kaling, et, en maîtresse de cérémonie idéalement décalée, Sandra Bullock.

 

Dans ce spin-off des films originaux, Steven Soderbergh se contente de produire et laisse sa place derrière la caméra à Gary Ross (Hunger Games). L’actrice de Miss Détective – oscarisée pour le sirupeux The Blind Side en 2010, probablement son pire rôle – joue la sœur de Danny Ocean, Debbie. Elle ne parle plus à son frère depuis longtemps, ce qui explique que l’on ne croise pas l’ex-beau gosse d’Urgences dans ce film. Quand l’action commence, Debbie sort de prison avant de rameuter amies et professionnelles pour préparer un casse prévu pendant le gala annuel du Met à New York. Une histoire de collier en diamants et de swing, qui brille par la présence d’innombrables guests amenés à jouer leur propre rôle, de Kim Kardashian à Hailey Baldwin en passant par Anna Wintour, Kendall Jenner, Katie Holmes, Serena Williams, Zac Posen et Alexander Wang.

 

Parfois égratignée par la critique, Sandra Bullock en cheffe de clan sans foi ni loi promet pourtant à Ocean’s 8 le sens du tempo et l’ironie naturelle dont le film a besoin. L’époque n’est peut- être pas capable de produire beaucoup de films qui vont comme un gant à la sémillante quinquagénaire : profiter de celui-là n’en devient que plus nécessaire. Au-delà, Ocean’s 8, version 100 % féminine d’une franchise autrefois portée par des hommes, est investi d’une autre mission, alors que les mouvements #MeToo et #TimesUp ont changé la donne dans l’industrie du cinéma. Prouver une fois de plus à Hollywood que les imaginaires fondés sur des femmes peuvent attirer les foules. Un an après Wonder Woman, il serait temps.

 

 

Ocean’s 8, disponible en salle le 13 juin.