Reste le film. Un bon film, où deux frères (Channing Tatum et Adam Driver) décident de faire équipe avec un détenu patibulaire (Daniel Craig) pour voler de l’argent lors d’une course automobile. Épaulés par la merveilleuse Riley Keough (vue dans The Girlfriend Experience), ils incarnent une bande de semi-abrutis attachants, capables de duper un système pourtant bien huilé. Leur projet consiste à subtiliser, un jour de Grand Prix, la recette provenant des ventes de boissons et de nourriture. La métaphore est à peine voilée : ne laissons pas les marchands tout récupérer, prenons notre part du butin de l’entertainment, clame Soderbergh, caché derrière le prétexte d’un classique film de casse.

 

 

Cette ambition joueuse et politique s’accompagne d’une charmante humilité. Pour son retour, le réalisateur de Che ne se présente pas sous les atours d’un grand auteur culturellement respectable. Il s’amuse, refuse l’idée de viser le chef-d’œuvre ou de tout bousculer sur son passage en montrant ses muscles. Mais il propose un film qui respire le cinéma. Ce serait quoi, pour Soderbergh, respirer le cinéma ? Peut-être prendre le temps de filmer des corps – ici, souvent masculins – avec une forme de tranquillité qui leur donne une majesté dans toutes les situations. Laisser au mouvement dans l’espace de ces corps la latitude d’exister en dehors du scénario. Faire vivre un monde de couleurs et de vitesse, sans grand enjeu tragique, pour le simple plaisir du jeu. Tout, dans Logan Lucky, est à la fois relâché et maîtrisé. Le critique Serge Daney écrivait à propos de John Ford que les plans de ses films duraient le temps juste, celui qu’il nous faut pour les circonscrire du regard. Quelques décennies plus tard, Steven Soderbergh a retrouvé la formule.

 

Actuellement au cinéma.

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