Pendant que la Nouvelle Vague fête ses 60 ans, une autre “nouvelle vague” de réalisateurs s'élève au zénith du cinéma français. Tels des peintres du romantisme 2.0, Yann Gonzalez, Bertrand Mandico et le duo Caroline Poggi-Jonathan Vinel réalisent des tableaux cinématographiques dont le réalisme se tient constamment à la délicate frontière de l'univers onirique. Dans une esthétique rétro et fantasque, ils distillent un spleen contemporain autour des thématiques de la jeunesse, du sexe et de l'amour. After School Knife Fight, Les Îles, et Ultra Pulpe : trois courts-métrages effervescents ainsi compilés sur le projet Ultra Rêve.

 

Lauréat d'un Ours d'or en 2014 pour Tant qu’il nous reste des fusils à pompe et aujourd'hui en plein tournage de son premier long-métrage (Jessica Forever), le duo de cinéastes sudistes Caroline Poggi-Jonathan Vinel émerge de la culture Tumblr propre aux Millennials. Comme dans le film de Gregg Araki Mysterious Skin, ils exaltent la nostalgie et la candeur de l'adolescence dans After School Knife Fight. Présenté lors de la 56e Semaine de la critique du Festival de Cannes, le court-métrage conte les adieux difficiles d'un groupe de lycéens musiciens. Réunis dans un terrain vague, ils s'isolent pour une ultime répétition, avant de partir entamer leurs études aux quatre coins du monde.

 

Changement de registre avec Yann Gonzalez, la nouvelle coqueluche du cinéma indépendant français qui avait déjà attisé le feu des critiques sur la Croisette en 2013 avec son film orgiaque Les Rencontres d'après minuit. Tandis qu'Un couteau dans le cœur est actuellement à l'écran avec Vanessa Paradis en tête d'affiche, son court-métrage naturaliste Les Îles s'inscrit dans la même lignée et prolonge cette imagerie glamour lascive digne d'un porno chic des années 70. Récompensé de la Queer Palm du court-métrage lors du Festival de Cannes 2017, l'œuvre de Yann Gonzalez s'immisce dans la vie de personnages traversant un dédale libidineux et amoureux avec le désir pour seul guide. À mi-chemin entre la sextape et le rêve érotique, il couvre de fleurs l'hédonisme sentimental et le libertinage avant de se jeter dans une mélancolie post-coïtale.

 

Le cinéma est un singe aux yeux lumineux qui griffe quand il caresse.Telle est la devise entendue dans le moyen-métrage de Bertrand Mandico, Ultra Pulpe, qui clôt le programme. Révélé par son long-métrage Les Garçons sauvages (primé à la Semaine de la critique de Venise en 2017), le réalisateur toulousain joue avec la référence aux pulp fictions pour interroger la relation entre fiction et réalité. Sélectionné en compétition lors de la Semaine de la critique du dernier Festival de Cannes, Ultra Pulpe narre l'histoire d'une actrice et d'une réalisatrice en passe de mettre fin à leur liaison amoureuse et professionnelle, à la fin du tournage d’un film apocalyptique. Décor kitsch de science-fiction, musique électroclash, hommes-singes… Bertrand Mandico dépeint l'amour au cinéma avec dérision et légèreté.

 

 

La compilation des 3 courts-métrages, Ultra Rêve, sortira en salle le 15 août.