NUMÉRO : Vous avez choisi de nous donner vos adresses à New York, pourquoi cette ville ?

FRÉDÉRIC MALLE : J’ai en partie grandi à New York, et pour moi cette ville a toujours été synonyme de liberté. C’est également pour sa lumière bleu électrique que j’ai décidé d’y vivre. Je suis une plante qui aime le macadam et le ciel bleu.

 

En tant qu’éditeur de parfums, que vous évoquent les villes en termes d’odeurs ? Comment vous inspirent-elles ?

D’une façon générale, les villes n’ont pas de bonnes odeurs, si ce n’est quelques “gros plans” très ciblés, comme l’odeur du kérosène l’été, à New York, en sortant de l’aéroport JFK. Une petite madeleine un peu mécanique, certes, mais à laquelle je suis très attaché. J’aime aussi beaucoup l’odeur de la peinture faux or dont les portiers badigeonnent les portes de l’Upper East Side. En revanche, je hais les odeurs des marchés de Chinatown, elles me donnent des haut-le-cœur.

 

“J’aime beaucoup l’odeur de la peinture faux or dont les portiers badigeonnent les portes de l’Upper East Side.”

 

Que vous inspirent, justement, les odeurs particulières de New York ?

Elles ne m’inspirent pas vraiment, à l’exception, peut-être, des fleurs de Rosa rugosa plantées sur le bord du West Side Highway. À New York, ce sont plutôt les images, les couleurs et la lumière qui m’inspirent. 

 

Pourriez-vous nous parler de votre récente collaboration avec Alber Elbaz pour le parfum Superstitious ?

Elle résulte d’un coup de foudre pour quelqu’un dont j’admirais le travail depuis longtemps. Nous avons eu une conversation à bâtons rompus dès la minute où nous nous sommes rencontrés. Une cascade d’idées, plus séduisantes les unes que les autres, offertes sans retenue par cet esprit aussi unique que généreux, auquel on ne peut que répondre avec la même liberté et la même générosité. Ma seule tristesse fut l’achèvement du parfum Superstitious, un peu comme une belle fête qu’on n’a pas envie de quitter.