Du 7 au 10 décembre, tous les yeux sont braqués sur Miami. La foire d'art contemporain concentre un florilège d’événements, avec en point d'orgue la réouverture du Bass Museum, réaménagé pour la seconde fois depuis 2001. Le musée d’art contemporain de Miami Beach accueille quant à lui l’exposition d’Ugo Rondinone jusqu’au 19 février 2018. Alors que sa sculpture géante “Miami Mountain” trône déjà devant le musée, l’artiste s’accapare tout l’espace du second étage du musée. Son exposition Good Evening Beautiful Blue réunit plusieurs de ses œuvres précédentes : une installation vidéo, une étrange salle aux murs parés de miroirs et son installation insolite Vocabulary Of Solitude (2014-2016). 

 

 

“La frontière entre le sérieux et l’absurde est si fine que l’on peut aisément la traverser.”

 

 

Une armada de clowns transforme le Bass Museum en cirque silencieux. Dans une immense salle, quarante-trois augustes dorment, marchent ou semblent rêver. Des mannequins grandeur nature figés dans le temps. Avec Vocabulary Of Solitude, Rondinone dresse des figures tragi-comiques, déroulant le spectre des couleurs, ses alter ego au nez écarlate expriment la tristesse, la solitude et la déception. Recouverte de coupures de journaux blanchies à la chaux, la salle voisine révèle 52 fenêtres/miroirs multicolores en bois de grange recyclé, elles illustrent chaque semaine de l’année. Intitulée “Mécanisme d’horlogerie pour les Oracles”, en référence au poème d’Edmond Jabès célèbre pour ses méditations autour de l’exil, cette œuvre est une porte de sortie vers… le reflet. Face à eux-mêmes, les visiteurs se heurtent à des dates, Rondinone fait ainsi se rencontrer deux temps et deux espaces. Un peu plus loin, une installation immersive aux teintes bleutées qui comprend six écrans. Sur ces derniers, des projections de boucles vidéos en slow-motion : six hommes et six femmes dont les mouvements forment un cycle perpétuel. Avec cette salle, l’artiste contemporain nous convie dans “un endroit où rien ne se passe”, une arène de contemplation qui stimule l’auto-reflexion et fait écho à la salle précédente. 

 

 

Souvent clown triste lui-même, ce poète de la couleur se joue des formes et imagine d’un univers hypnotique.

 

 

Né à Brunnen, en Suisse, en 1964, Ugo Rondinone a délaissé les dessins monochromes et ses fameuses cibles-mandalas au profit d’une installation mélancolique : “La frontière entre le sérieux et l’absurde est si fine que l’on peut aisément la traverser. Nous devons inventer nos propres valeurs puisque celles de la société n’ont aucun sens”, explique-t-il. C’est depuis sa résidence de Harlem, ancienne église transformée en studio de création, qu’il a donné vie à ses héros colorés. Photographe, sculpteur, dessinateur et souvent clown triste lui-même, ce poète de la couleur se joue des formes et imagine un univers hypnotique aux accents psychédéliques.