23 Novembre

L’insolence ravageuse du duo ToiletPaper s’empare de la galerie Perrotin

 

Le duo culte ToiletPaper mené par Maurizio Cattelan et Pierpaolo Ferrari envahit la galerie Perrotin de Tokyo pour un solo show sur le thème du miroir. 

Par Alexis Thibault

Jusqu’au 10 janvier 2018, la nouvelle galerie japonaise d'Emmanuel Perrotin accueille l’artiste contemporain Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari pour un solo show inédit. Le duo ultra-créatif et complètement barré du magazine ToiletPaper prend d'assaut la galerie de Tokyo et l’orne de miroirs baroques à cadres dorés mettant en scène leurs images pop. Avec leur sens de la dérision coutumier, ils mêlent à l’imagerie 2.0 d’Internet les références à l'histoire de l'art. Au détour des tableaux, on croise ainsi la fameuse pipe de Magritte extraite de sa toile “La trahison des images” ou encore une paire de fesses nues, allusion au fameux tableau du “Tricheur” de Georges de La Tour. Trahison des images, tricherie… Cattelan souligne les faux-semblants de l'art dans une jubilation communicative. En bon trublion, il allie références à l’histoire de l’art et emblèmes puissants de la société de consommation. Ces tableaux poussent à la réflexion, au double sens du terme : celle des miroirs qui réfléchissent les tableaux célèbres et celle qui vise l'art en lui-même. Il confiait d'ailleurs à Numéro à l'occasion de son exposition à la Monnaie de Paris : “Ce qui m’intéresse, c’est le pouvoir intrinsèque qu’ont certaines images de marquer les esprits de façon permanente. Cet impact est intimement lié à une influence : plus l’impact est grand, et plus vous exercez d’influence.”

 

 

ToiletPaper détourne avec brio les codes de la mode, de la publicité de l'art et du cinéma, un leitmotiv subtil et efficace...

View of the exhibition TOILETPAPER – Collaboration between Maurizio Cattelan & Pierpaolo Ferrari at Perrotin, Tokyo, 2017-2018 Photo: Masahiro Miramatsu © TOILETPAPER Courtesy Perrotin

Né à Padoue en 1960, Maurizio Cattelan se fait remarquer à l’aube des années 2000 grâce à la Neuvième heure, sculpture hautement transgressive qui représente le pape Jean Paul II écrasé par un météore. Deux ans plus tard, il choque une nouvelle fois avec un personnage miniature en pleine prière qui, de plus près, révèle une coupe en brosse et une petite moustache familière. Il rencontre le photographe italien Pierpaolo Ferrari en 2010 quand ce dernier l’immortalise. Ensemble ils fondent ToiletPaper, duo d’abord, magazine expérimental ensuite, qui questionne les frontières du marché de l’art contemporain. Héritier des ouvrages de Cattelan Permanent Food (2003) et Checkpoint Charley (2006), le projet Toilet Paper est exclusivement constitué de photographies surréalistes et absurdes, un moyen idéal d’attirer avant de dérouter aussitôt. Car ToiletPaper détourne avec brio les codes de la mode, de la publicité de l'art et du cinéma, un leitmotiv subtil et efficace puisque la magazine italien est adoubé par le New York Times qui le classe dans son top 10 des ouvrages photographiques en 2012. À la croisée du design et de l’art contemporain, ToiletPaper frappe par sa mise en scène explosive et percutante jusqu’à prendre en charge la direction artistique d’une campagne des galeries Lafayette. Leurs œuvres provocatrices et colorées vont jusqu’à séduire le duo Cassius : Catelan et Ferrari produisent le visuel d’Ibifornia (2016) quatrième album de l’incarnation de la French Touch.

Untitled, 2017 Bois, Dorure, miroir, verre. impression couleur UV, 100 x 114 cm,  Photo: Masahiro Miramatsu © TOILETPAPER Courtesy Perrotin

Untitled, 2017, 145.5 × 77 cm in ©TOILETPAPER / Courtesy Perrotin

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