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“J’ai voulu donner un esprit haute couture au mobilier d’art”, Laurence Bonnel nous parle de sa galerie Scène Ouverte

 

Nichée au cœur des puces de Saint-Ouen, la galerie Scène Ouverte est l’une des premières galeries élevant le mobilier au rang d’art contemporain. Un lieu créé à l’initiative de la sculptrice Laurence Bonnel, qui revient sur sa sélection pointue.

Origami de Jean-Luc Le Mounier,

sycomore gravé, verni noir mat, bronze et sable,

230 x 45 x 100 cm.

 

Crédit photo: Frédéric Baron

Numéro : Comment êtes-vous tombée dans l’art ?

Laurence Bonnel : Mes parents étaient collectionneurs et j’ai toujours baigné dans ce milieu. Ils ont commencé par collectionner des œuvres du XVIIIe siècle, puis ils ont fini par se diriger vers l’art contemporain. De mon côté, j’ai fait des études d’histoire de l’art, puis de lettres, centrées sur la figure de l’artiste dans la littérature. J’ai finalement pris un cours de sculpture un peu par hasard, et cette passion m’est alors apparue comme une évidence.

 

Comment passe-t-on d’une activité d’artiste à l’ouverture d’une galerie spécialisée dans le mobilier d’art ?

J’avais tendance, lorsque je préparais mes expositions, à faire tout le travail de la galerie. Je m’intéressais à la manière de présenter les choses, jusqu’à créer moi-même le carton d’invitation. Et je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à défendre mon travail, alors que défendre celui des autres était un plaisir. Au moment où je me suis lancée, les propositions en matière de mobilier d’art étaient très faibles, hormis celles des grands noms comme la Carpenters Gallery, je n’ai donc pas hésité. C’était il y a presque un an.

L’idée était aussi de proposer des créations non pas dans l’ère du temps, mais qui s’inscrivaient dans une histoire.

Round Coral de Valeria Nascimento,

porcelaine, diamètre : 49 cm.

Quelle est l’histoire de ce lieu ?

Mon parcours étant quelque peu atypique, je voulais un lieu tout aussi atypique. Quand je me suis installée ici, il n’y avait encore aucune galerie d’art contemporain aux puces. Or, c’est un sacré lieu de passage, un lieu international où énormément de décorateurs étrangers sont présents. L’idée était aussi de proposer des créations non pas dans l’ère du temps, mais qui s’inscrivaient dans une histoire.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette volonté de “donner un esprit haute couture au mobilier d’art”, votre mantra ?

J’aime ce côté sur mesure, cette qualité dans le savoir-faire qu’incarne la haute couture. Et surtout son caractère unique. Tout meuble ou toute autre création exposé ici existe au maximum en huit exemplaires. Et encore, ces huit exemplaires sont tous uniques, avec une édition différente à chaque fois. C’est pour moi le plus grand luxe : être le seul ou la seule à posséder un certain mobilier. On retrouve cette idée avec l’un des artistes exposés, Jean-Luc Le Mounier, qui passe parfois plus de deux mille heures de travail sur ces créations, comme cette armoire Origami. Il part d’une photo prise à New York, puis d’un dessin, puis d’une modélisation 3D pour trouver sa fonctionnalité, et enfin il passe à la réalisation. C’est l’antithèse d’Ikea [rires]. 

Je suis fascinée par les œuvres en porcelaine et les installations murales de l’artiste brézilienne Valeria Nascimento, récemment exposées à la Saatchi Gallery.

Vase Aqua de Jean Grisoni,

bronze, 26 cm.

 

Crédit photo: Thierry Malty

Quels sont vos coups de cœur ?

En premier lieu, les deux armoires de Jean-Luc Le Mounier dont je vous parlais précédemment, faites en bronze, en sycomore gravé et en sable. C’est l’un des premiers, voire le premier, à utiliser ce matériaux pour du mobilier. L’une des deux armoires sera d’ailleurs exposée en mars prochain parmi les 40 plus grands designers français. J’aimerais également parler des créations en céramique de l’artiste brésilienne Valeria Nascimento. Je suis fascinée par les œuvres en porcelaine et les installations murales qu’elle a exposées à la Saatchy Gallery. Enfin, le travail de Jean Grisoni, un artiste qui a longtemps évolué dans la haute joaillerie et qui transforme de ce fait l’objet en un travail d’orfèvre. Ses vases en bronze allient le côté brutal et sauvage lié au choix des matières à la finesse de l’orfèvrerie.

 

Quels sont vos futurs projets ?

La prochaine exposition de Scène Ouverte est prévue pour mi-mars et permettra d’aller plus loin dans le travail de Jean-Luc Le Mounier. J’exposerai également l’une de mes créations, non pas une sculpture, mais un tapis à l’esthétique luxueuse confectionné au sein de la manufacture d’Aubusson.

 

Galerie Scène Ouverte : puces de Saint-Ouen, marché Paul-Bert, allée 1, stand 130-132.

 

Par Chloë Fage

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