11 Juin

Sol LeWitt, Carl Andre, Donald Judd... La Fondation Venet rayonne dans le Sud-Est

 

L’art serait-il en passe de métamorphoser le Sud-Est en Californie française, créative et bouillonnante ? Certains en rêvent... d’autres s’y installent déjà.

Par Anaël Pigeat

Une sculpture monumentale de Bernar Venet installée au sein de sa Fondation, près du Muy, dans le Var.

Cette année, ce sera Versailles au Muy!” s’exclame Bernar Venet dans son appartement parisien, où il nous accueille en compagnie du directeur de sa fondation, Alexandre Devals. Il fait actuellement installer dans son jardin de sculptures, à quelques kilomètres de Nice, un grand Effondrement montré au château de Versailles en 2011. Aujourd’hui, la production de ses œuvres a lieu en Hongrie. Lui-même vit dans les avions, entre Paris et New York.

 

Pour imaginer sa fondation, il n’a pas cherché l’inspiration dans des modèles vus ici ou là. Les choses se sont faites progressivement. Il a d’abord acheté une grande usine pour entreposer ses œuvres monumentales, puis il a aménagé le moulin attenant, abrité sous les arbres, au bord d’une rivière aux rives luxuriantes. Après y avoir passé des vacances, il y a installé ses œuvres en plein air. Un jour, il s’est dit : “Ça pourrait devenir une fondation... si je le mérite.” Et il y a quatre ans, il a décidé d’ouvrir au public ce lieu dont il pensait plutôt, à l’origine, qu’il ne fonctionnerait ainsi qu’après sa disparition.

 

 

J’ai toujours rêvé de dormir dans un musée”, confie Bernar Venet.

 

 

Dans ses souvenirs de voyages, il existe toutefois un endroit qui l’a très fortement marqué : la Chinati Foundation, que son ami Donald Judd a créée à Marfa, en plein cœur du désert texan, avec l’idée que les musées n’étaient pas adaptés pour bien montrer son travail. À côté de la maison familiale, Judd a exposé ses œuvres dans d’immenses hangars ouverts sur la nature grâce à de grandes baies vitrées. Il a aussi invité des artistes amis à venir travailler sur place et à occuper les bâtiments de cet ancien campement de l’armée. Bernar Venet et lui partageaient le même goût pour l’architecture et pour le design; tous deux ont dessiné des meubles et collectionné des œuvres pour vivre avec elles chaque jour.

 

 

Une sculpture monumentale de Bernar Venet installée au sein de sa Fondation, près du Muy.

Le moulin du Muy pourrait faire penser à une maison-musée, mais celui-là a la particularité d’être habité. “J’ai toujours rêvé de dormir dans un musée”, confie Bernar Venet. Sa collection montre un ensemble saisissant d’œuvres minimalistes américaines, dont certaines ont été achetées et beaucoup, échangées : Sol LeWitt, Carl Andre, Donald Judd... Les Anglais comme Richard Long sont également bien représentés. On retrouve aussi les amis rencontrés pendant les années de jeunesse : Ben, César, Jean Tinguely, et d’autres comme Christo, Jacques Villeglé ou François Morellet. À l’exception de Kenneth Noland, et de James Lee Byars qu’il n’a fait que croiser, Bernar Venet les a tous connus. Certaines œuvres ont une histoire particulière : une dédicace personnelle de Marcel Duchamp sur la couverture qu’il avait réalisée pour la revue Transition n° 26 (New York, 1937), une épingle à nourrice signée pour lui par Man Ray, une sculpture offerte par Arman avec l’idée que Bernar Venet pourrait la vendre afin d’acheter un billet d’avion pour New York... ce qu’il n’a évidemment jamais fait! Dans le salon, quelques objets africains réchauffent l’atmosphère créée par les œuvres minimales ; ils ont pour la plupart été le fruit d’échanges avec des marchands rencontrés chez Arman au Chelsea Hotel à New York ou à Nice.

 

 

Cette année, l’exposition intitulée Propositions monochromes, présentée par Yves Klein à la Galerie Colette Allendy en 1957, est réactivée. Tout le sol de la salle est recouvert de pigment bleu IKB.

 

 

Cette saison, trois nouvelles sculptures monumentales de Bernar Venet seront déployées dans le jardin : un grand Effondrement reprenant les Arcsqui avaient été montrés à Versailles sur la place d’Armes, une œuvre proche de 17 Acute Unequal Angles (2016), exposée à Londres dans Regent’s Park au moment de Frieze Sculpture 2017, et une autre proche de 84 Arcs/ Désordre, installée à Marseille devant le palais du Pharo. Elles font écho àEffondrement d’arcs : 200 tonnes (2016), qui occupe si justement l’usine qu’on pourrait imaginer que celle-ci a été construite autour de lui. Dehors, ces travaux dialoguent avec des œuvres d’autres artistes comme James Turrell, Robert Morris ou Larry Bell. La chapelle dessinée par Frank Stella a été conçue pour la fondation. Elle a la particularité d’être la première des architectures que Stella a réalisées.

 

La Venet Foundation organise enfin des expositions temporaires dans un espace réservé, moins pour aligner des œuvres que pour montrer des gestes rares. L’année dernière, c’était Fred Sandback, dont le travail est visible à la Dia Art Foundation, à New York, et trop rare en France. Cette année, l’exposition intitulée Propositions monochromes, présentée par Yves Klein à la Galerie Colette Allendy en 1957, est réactivée. Tout le sol de la salle est recouvert de pigment bleu IKB. On regardera cette étendue depuis l’entrée comme une chambre de méditation.

 

Exposition Yves Klein, jusqu’au 15 octobre, Fondation Bernar Venet, Le Muy.

Elliptic, Ecliptic, de James Turrell, une œuvre pérenne de la Venet Foundation.

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