Cette obsession pour la question de la croyance, cette nécessité qu’a l’homme de tenir quelque chose pour vrai sans en avoir, parfois, la moindre preuve tangible, forme le cœur de l’œuvre de Cogitore. Dans Ni le ciel ni la terre, toujours, un capitaine de l’armée française (Jérémie Renier) reste incrédule face à un jeune Afghan persuadé que des militaires ayant mystérieusement disparu ont été emportés dans leur sommeil par Allah : “Comment tu peux être sûr de quelque chose que tu ne vois pas, que tu n’as jamais vu ?” l’interroge-t-il. La croyance rationaliste se heurte de front à la croyance religieuse. “J’essaie de rendre réel le fait que l’on vit tous dans une réalité nourrie de croyances, explique l’artiste. Personne n’y échappe car, pour l’esprit humain, le réel ne suffit pas et ne suffira jamais. De là naît notre besoin d’expliquer l’inexplicable, le mystère du monde et notre propre présence sur terre. Cette mythologie crée ensuite toute forme de communauté.

 

Le 7e art lui-même forme, pour Clément Cogitore, une telle communauté. “Le cinéma, c’est I want to believe! explique l’artiste. Nous nous réunissons, réalisateurs et spectateurs, autour d’un pacte de croyance. Le réalisateur s’est documenté, a travaillé la cohérence des décors et la psychologie des personnages. Il a pensé les raccords pour rendre le tout crédible. Le spectateur, lui, pénètre dans une salle obscure pour voir des acteurs. Il sait qu’il entre dans un monde de fiction. Mais il sait aussi qu’il a envie d’y croire.” Le cinéma comme royaume de la croyance ne pouvait former une meilleure terre d’accueil pour les obsessions de l’artiste. “Le cinéma a aussi cette capacité à produire de l’émotion et même une sidération chez le spectateur, plus encore que la vidéo, commente-t-il. Il me permet de créer chez lui un état d’être et d’esprit nouveau, de lui faire atteindre un état d’hypnose.” Quittant leur réalisme apparent, les images de Cogitore créent en effet peu à peu le doute, questionnent le réel et vont chercher du côté de l’étrange et du fantastique. Elles emportent peu à peu dans un rêve au temps étiré. Elles forment alors, pour reprendre les mots d’Isabelle Cornaro, invitée cette année à sélectionner les artistes nominés pour le prix de la Fondation Ricard, le “chant si singulier, poétique et onirique” de l’artiste.

 

Clément Cogitore est représenté par la galerie Eva Hober, www.evahober.com

 

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