13 Juillet

On a rencontré Agnès b, nouvelle reine d’Avignon

 

Pendant toute la période estivale la collection d’art contemporain d’Agnès b. s’expose à la Collection Lambert en Avignon. Rencontre avec cette créatrice inspirée.

 

 

Par Timothée Chaillou

Portrait Agnes b, Patrick Swirc.

Numéro :  Agnès, vous avez étudié aux Beaux-Arts de Versailles et à l’Ecole du Louvre. Depuis toujours, vous êtes entourée d’art, vous soutenez de nombreux artistes et vous êtes une découvreuse de nouveaux talents. À la Collection Lambert, votre exposition débute par un ensemble d’œuvres d’artistes africains…

Agnès b. : J’ai découvert l’art de l’Afrique lors de l’exposition “Magiciens de la terre” en 1989. Cela a été une révélation ! J’ai alors rencontré André Magnin, l’un des commissaire de l’exposition, qui m’a confié des œuvres de Frédéric Bruly Bouabré, Seydou Keita et Malick Sidibé pour les exposer à la galerie du Jour, qui avait ouvert en 1983. Je suis ensuite allée à leur rencontre, chez eux. Bruly Bouabré m’appelait sa “très chère fille”. Seydou Keita habitait dans un enclos avec une cinquantaine de personnes qui vivaient dans des cahutes et mangeaient autour de braséros. Ils étaient tous d’une grâce extrême.

 

 

Malick Sidibé, Nuit de noël, 1965. Tirage noir et blanc.

Andy Warhol, Portrait de Jean-Michel Basquiat, 1982. Polaroid.

La littérature et la philosophie ont une très grande place dans votre vie. En Avignon vous présentez une sélection de livres, surtout du poète et essayiste : Edouard Glissant…

J’ai rencontré Edouard Glissant pour la première fois grâce à Christian Bourgois, lorsque j’avais 17 ans. J’ai filmé l’une de ses conférences lors de l’exposition “Utopia Station” à la Biennale de Venise en 2003. Par la suite, j’ai imaginé le contenu du n°29 du Point d’ironie n°29 en son hommage, en mélangeant des textes traduits en plusieurs langues avec des dessins.

 

Le Point d’ironie a 20 ans cette année. Au fil des années John Giorno, Matthew Barney, Ugo Rondinone ou Yoko Ono ont participé à ce journal-poster…

Nous dînions chez Lipp avec Christian Boltanski et Hans Ulrich Obrist lorsque nous avons eu l’idée de faire un journal-poster qui serait distribué gratuitement. La dispersion m’importe beaucoup. Cela me permet de partager l’art avec tout le monde. On l'expose en boutique, à la galerie du Jour ou à la galerie-boutique de New York, où nous exposons Chad Moore en ce moment. Il fait partie de la même famille esthétique que Nan Goldin, Dash Snow ou Ryan McGinley, qui sont tous des artistes photographiant leur vie sans a priori, sans fioritures avec une grâce et un amour infini.

 

Nat Finkelstein, Edie Sedgwick and red flowers, 1966. Photographie couleur.

Au-delà de votre collection d’art, vous financez la Fondation Tara Expéditions qui organise des missions d’exploration pour comprendre l’impact du réchauffement climatique sur les écosystèmes. À la Collection Lambert vous présentez des photographies scientifiques de la Nasa.

Il y a une poésie incroyable dans la science ! Quand j’ai vu l'astronaute Thomas Pesquet revenir sur Terre, il m’a bouleversée. Les mystères de l’infini sont mystiques. L’univers, le ciel, la mer ce sont des choses qui me porteront toujours !

 

Chaque salle de votre exposition est divisée en thématiques, comme “Les magiciens”, “Mes héros”, etc.

En faisant un choix de 300 œuvres dans les 5000 de ma collection, nous avons en effet choisi de les rassembler en plusieurs thèmes. C’est ainsi une exposition très différente de celles présentées au LaM à Lille en 2015 et du musée national de l’Histoire de l’Immigration l’année dernière.

“Mes héros” ce sont ceux qui m’ont ouverts des portes, fait comprendre des choses. J’aime énormément découvrir le travail artistique d’ethnies qui ont des talents immémoriaux. Ils me passionnent, ce sont “mes magiciens” !

 

Collectionnez-vous des œuvres pour les vêtements ou costumes qui y sont représentés ? Vos œuvres servent-elles de sources d’inspiration pour votre travail de styliste ?

Je ne travaille jamais avec des références et très peu avec des documents. Lorsque je dessine un vêtement je pense à la personne qui va le porter, je souhaite qu’il soit heureux avec mon vêtement. C’est la moindre des choses ! Pour faire mon métier, il faut aimer les gens et leur faire plaisir avant tout.

 

 

Stephen Gill, Sans titre, 1997. Photographie couleur.

Gotcho, (la robe de mariée), 1991.

Vous dites souvent que vous ne regardez pas ce que font les autres créateurs mais que vous préférez regarder la rue.

Absolument. J’aime énormément mon métier, j’adore créer. Cela évolue toujours même si je reprends un habit que je faisais il y a quarante ans. J’aime toujours faire des vêtements qui restent actuels. Je ne fais pas de la mode – puisque la mode se démode ! –, je fais des vêtements.

 

Qu’en est-il actuellement de votre Fonds de dotation et de la galerie du Jour ?

La galerie continue de représenter une vingtaine d’artistes et nous allons ouvrir un lieu dans Paris, au printemps prochain. La programmation perpétuera les activités de la galerie du Jour et sera complété par des expositions à thèmes liés à ma collection.

 

Alighiero Boetti, Mappa Del Mondo, 1984. Tapisserie sur toile.

De sa singularité, si personnelle, que dit votre collection ?

Je pense que c’est l’éclectisme qui caractérise ma collection. Une œuvre qui sort de l’atelier est orpheline, il faut qu’elle soit aimée par quelqu’un d’autre. La vie d’une œuvre est d’être regardée pour y voir ce qu’elle vous apporte, comment elle vous comble, vous met de bonne humeur ou vous console. Alors, je dirais : Vive les artistes ! Vive ceux qui attrapent l’art au vol et s’en emparent !

 

On aime l’art… ! agnès b. Du 06 juillet au 05 novembre 2017-07-12. Collection Lambert, Avignon

 

Jean-Michel Basquiat, Untitled, 1982. Crayon et pastel gras sur papier.

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